Un progrès bien amorcé

                                                                        Un progrès bien amorcé

 

Je tenais à visualiser le documentaire de Annie-Soleil Proteau « La dernière maison » présenté à TVA dimanche le 6 juin dernier. Il lui a été inspiré par le décès de sa grand-mère suite à un séjour dans une RPA qu’elle ne put réintégrer après une hospitalisation. Il traite essentiellement de soins à domicile, domaine négligé, pour  ne pas dire occulté au Québec pendant trop longtemps. Des personnes âgées de diverses régions témoignent de leur volonté de rester chez eux, nous dévoilent leurs expériences, leurs efforts en ce sens. Le personnage qui m’a particulièrement interpellée est celui de la dame de quatre-vingt-quatorze ans prononçant fièrement le mot-clé LIBERTÉ ! Sauvegarder sa liberté de parole et de mouvement voilà ce qui lui confère sa vitalité exceptionnelle, sa clarté d’esprit exemplaire. À l’entendre, j’avais envie de lui ressembler le temps venu !

La définition du vieillissement pourrait se résumer à cela : une succession de pertes d’habiletés et d’aptitudes qui grugent la liberté individuelle. Les premières sont acceptables puis, à mesure que le temps passe, elles deviennent plus pénibles. On se trouve alors à une croisée des chemins, on décide de « casser maison » et on va habiter dans une RPA. Au-delà de cette situation de base, les motivations profondes varient d’une personne à l’autre. Une stricte honnêteté me commande un aveu : je ne suis pas du tout représentative des résident.e.s d’une RPA, bien que je leur voue estime et admiration. Dès le début de ma carrière, j’ai formé le projet de consacrer ma retraite à écrire à plein temps, dessiner, faire de la musique, bref, m’épanouir dans les activités artistiques que j’avais dû sacrifier afin de gagner ma vie et pour lesquelles j’avais une forte attirance. Comment peut-on se donner pleinement à un projet, y consacrer du temps et de la concentration et, en même temps, participer aux activités offertes ? Cela est impossible. Le choix s’est imposé par la force des choses.

 Il y a un progrès notable dans les publicités. S’atténue peu à peu la tendance à édulcorer, à présenter les RPA comme garantes d’un état de béatitude perpétuelle. Entre autres, la suggestion de se transformer en as du yoga méditatif frise l’invraisemblance. L’acquisition d’habiletés nouvelles n’est pas automatique du seul fait de franchir le seuil d’une résidence. L’appât du chapelet ou du bingo est disparu des annonces, il faut s’en réjouir. Qui, de nos jours, parmi les devenant-vieux en quête d’un troisième âge épanouissant y succomberait ?

À suivre…

Michelle Anctil                                                                  (www.michelleanctil.info)

                                   

 

 

 SOPH

 

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