L’importance du choix des mots (2)

                                        L’importance du choix des mots (2)

 

         Nous usons de racisme à l’égard des autochtones, notre p.m. l’admet et chacun de nous également. Je n’ai jamais entendu personne réfuter ce constat. Pour mieux comprendre comment il se manifeste, un portrait de qui nous sommes, de notre système de penser commun s’impose. Car, selon ce qui habite un individu en ses racines et profondeurs, l’exercice du racisme peut varier en force, en pouvoir de blesser, d’humilier, de détruire.

Une caractéristique nous définit, à mon avis, en tout premier lieu : notre tendance à rigoler, nous moquer, nous amuser des travers et faiblesses, les nôtres et ceux des autres. Le foisonnement des humoristes, la grande place qu’ils occupent dans notre monde artistique, leur influence, prouvent indéniablement notre capacité d’autodérision. Là où est le rire, il ne peut y avoir de destruction systémique du bien-vivre et du bien-sentir de l’autre. Dans ma famille, dont le chef était un pince-sans-rire, nous étions très forts pour donner un surnom à chacun.e selon, soit son apparence, soit ses petits défauts et manies. N’en pas avoir était quasiment une lacune tant cet étiquetage nous était naturel. Cela ne nous était pas exclusif, qui, des gens de mon âge, n’a pas connu des Ti-pits, Ti-toines, des Ti-turs?

Un aveu : quand je vois la chef de l’opposition sur mon écran de télé, je me dis : voilà ma Bronzée ! Ma sœur aînée, décédée récemment à l’âge vénérable de quatre-vingt-treize ans, la nommait pour sa part : Grands-yeux-blancs. Sommes-nous pour autant de vilaines vieilles dames racistes ? Non. Seulement des femmes habituées à faire leurs petites comiques, par réflexe tout simplement. Il ne nous viendrait pas à l’esprit le moindre mépris au vu de son statut de racisée, nous sommes capables de considérer ses mérites et qualifications, d’écouter ce qu’elle a à dire, que nous y adhérions ou non.

Parmi les choses qui se disent à propos des amérindiens, il en est qui sont bel et bien vraies. Par exemple : ils ne portent pas l’alcool, celui-ci ingurgité même en petite quantité leur fait facilement perdre le nord. Il induit chez eux la violence. Une amie et voisine, épouse d’un amérindien, venait parfois se réfugier chez-moi lorsque son très brillant et compétent mari, occupant un poste important, avait levé le coude dans un légitime désir de se détendre après une semaine de travail. Une fois dégrisé il était plein de regrets, son changement drastique de comportement lui était à lui-même un mystère. Sachant ces petites choses, pas encore devenues grosses, un seul mot résume le tout premier pas à franchir : l’apprivoisement.

 

À suivre…

 

Michelle Anctil

 

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