Les étonnantes subtilités de l’âgisme

                                                                       Les étonnantes subtilités de l’âgisme

 

         Certains parmi nous, donnons à des organismes caritatifs. Nos dons sont modestes, à hauteur de notre catégorie classe moyenne. Grande fut ma surprise en recevant récemment de la Croix-Rouge, de la Société Canadienne du Cancer, de la Fédération canadienne de la faune, une énorme enveloppe contenant un rappel que je qualifierais de bien accompagné. De quoi ? Le premier mot qui me vient à l’esprit est …bébelles. Des stylos de couleurs variées, certains avec mon nom gravé dessus, des gants en je ne sais quel tissu, destinés à un mystérieux usage, – pelleter de la neige peut-être ? –, quantité de feuilles de textes justifiant la quête de dons, répétitifs comme si le ou la destinataire avait besoin de nombreuses phrases pour comprendre.

 Pourquoi ces ajouts ? A-t-on soudain découvert mon âge respectable ? Il y a un an, un organisme dédié aux aînés seuls, m’a noyée de cadeaux, de bouffe en particulier : du chocolat, des tartinades, de la confiture.  Y avait-il erreur sur la personne ? On me supposait vénérable grand-mère à la progéniture imposante ? Comment une aînée seule, de surcroît confinée, pouvait-elle partager ce surplus ?

Cette façon de faire s’inscrit dans ce que je nomme « L’incontournable automatisme d’infantilisation des vieux. » Le second mot qui me vient est gaspillage. Ces choix manquent du plus élémentaire bon sens, ont été faits sans réfléchir à la condition des personnes à laquelle on s’adresse. Habituellement les bébelles sont de qualité inférieure et prennent rapidement le chemin de la poubelle. La pandémie ayant entraîné une distribution accrue de subventions, on a raté l’occasion de cibler les vrais besoins. Nous, les vieux, payons des impôts comme tout le monde, ironiquement nous contribuons donc à ce gaspillage.

Ce comportement fait surtout insulte à notre intelligence, nous ravale au rang de gens incomplets incapables de discernement, prêts à accepter n’importe quoi sans protester. Entendu à satiété : les vieux ont besoin de parler… J’abonde en ce sens, rien de plus vrai. Parler, d’accord, mais à qui ? Venant d’un accordeur de piano : c’est pas grave si le piano d’une RPA donne des fausse notes, les vieux ne s’en aperçoivent même pas… À chaque fois que je demande pourquoi le bingo, pourquoi les chants de Noël, genre : Enwoye enwoye la titetitetite ! Enwoye enwoye la tite jument ! ou : Partons la mer est belle ! on me répond que ce sont les vieux qui le désirent, ça les rend heureux. Je doute fortement d’une pareille unanimité, cela m’apparaît du « mur-à-mur » plus commode qu’autre chose.

Un second Noël sous pandémie atténuée est à nos portes. Serait-il possible de nourrir notre âme et notre esprit de beauté, sans nous tremper dans une ambiance surannée aussi réductrice ?

                                                                            JOYEUX NOËL À TOUS !

Michelle Anctil

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