Les aînés et la sirupeuse pitié(2)

                                                                  Les aînés et la sirupeuse pitié (2)

 

            Quel merveilleux appui à mon désir de changement dans l’approche envers les vieux que l’article paru dans Le Soleil de samedi le 22 août dernier signé par Olivier Bossé ! La députée Catherine Dorion s’y exclame:

           « Arrêtons de parler des aînés comme d’un fardeau et du monde qui ne va pas bien ! Ils sont écœurés de se faire voir comme des maganés qui n’ont plus rien à donner. »

           Et plus loin :

          « Il y a plein d’aînés qui ont des solutions, qui sont encore en forme. Il y a des leaders là-dedans et plein qui ont du temps enfin ! »

           Ces propos sont bien loin de la sirupeuse pitié dont je parle. Cette dernière est très répandue, disais-je. J’évoquais la presse écrite et télévisuelle. Au début de la pandémie, des reportages se succédaient en boucle sur nos écrans, on aurait dit une espèce de compétition : c’est à qui, parmi les reporters, trouverait les formules les plus susceptibles de nous montrer misérables et impuissants, et, parmi les photographes, diffuserait les images les plus hideuses, pieds déformés, jambes croches, dos courbés, pénibles mouvements et déplacements, révélateurs de nos misères et limitations.

            L’écrivaine Jocelyne Saucier, dans son livre adapté au cinéma par Louise Archambault, « Il pleuvait des oiseaux », fait dire au personnage de la photographe des paroles si nobles, si appréciatives des vieilles personnes, il s’en dégage un si profond amour qu’elles anéantissent automatiquement tout épandage de sirupeuse pitié. Je les rapporte, elles me font chaud au cœur, j’ai le goût de les partager avec mes congénères, mais surtout avec tous ceux qui prennent soin de nous, et, en tout premier lieu, leurs dirigeants qui gèrent nos lieux de vie.

           « Les yeux, c’est ce qu’il y a de plus important chez les vieillards. La chair s’est détachée, affaissée, amassée en nœuds crevassés autour de la bouche, des yeux, du nez et des oreilles, c’est un visage dévasté, illisible. On ne peut rien savoir d’un vieillard si on ne va pas à ses yeux, ce sont eux qui détiennent l’histoire de sa vie. » Elle avoue, quelques lignes plus loin « le plaisir qu’elle avait à rencontrer de très vieilles personnes et l’histoire de leur regard. »

             Que voilà des indices d’amélioration, de « réhabilitation de notre force », selon le titre de l’article ci-haut mentionné !

            Je termine par une question : comment se fait-il que les publicités écrites ou télévisuelles, conçues dans le dessein de les attirer dans les résidences, montrent-elles des vieux et des vieilles toujours beaux, en forme, souriants, irradiant une criante joie de vivre ? Les as du marketing ne savent-ils pas que ces futurs résidents, fortement idéalisés, sont de même catégorie, à quelques années près, une décennie peut-être, de ceux et celles ayant été si dramatiquement fauchés par la COVID 19 ? Cela en dit long sur l’importance accordée à l’aspect « rentabilité monétaire » qui sous-tend l’attention aux vieux, quelle que soit l’étape où ils en sont rendus.

            Il faut souhaiter que, tout comme la députée et l’écrivaine citées, de plus en plus de citoyens réfléchissent et s’expriment là-dessus en vue d’une plus juste perception de la vieillesse.

 

 

        SOPH

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